Hautes Chroniques de l'an de grâce 314.

Image
Répondre
Avatar du membre
Orobath
Satyre
Messages : 239
Enregistré le : ven. 24 juil. 2015 00:34
Date de naissance : 01 janv. 1915

Hautes Chroniques de l'an de grâce 314.

Message par Orobath » lun. 3 août 2015 00:35

Hautes Chroniques de l'an de grâce 314 PM, de la contrée de Clairval et alentours
par Oswald Noirmûrier.

Avant propos.


À mon bienveillant et avisé lecteur, il s'en est dit beaucoup sur les tristes et heureux événements qui débutèrent en l'an de grâce 314 Post-Monastir et notamment par mes chants et poèmes. Il va cependant sans dire que bien peu furent témoins des mêmes événements que moi et beaucoup reprirent et amplifièrent les ragots entendues de la bouche de glaiseux superstitieux. C'est un doux euphémisme de dire qu'un certain nombre de plumitifs étrillèrent la vérité dans les années qui suivirent et que chacun d'entre eux y alla de son avis.

Je ne diverge d'eux à aucun point. Ma mémoire s'accoquine avec mon orgueil, je dois composer également avec la flegme naturelle du lecteur qui tend à s'ennuyer des faits sans importance. Mais n'est-ce pas là, l'épiphanie du barde ? Tromper, tricher, biaiser avec la réalité pour en tirer le meilleur ? L'un dans l'autre, ma tâche ne diffère guère des vendanges où l'on écrase le raisin de ses pieds pour en tirer l'un des meilleurs millésimes.

Votre serviteur, Oswald Noirmûrier.


Mars An de grâce 314 PM, Clairval.

De Clairval j'en vu d'abord la futaie sous la bruine puis son fameux temple et aussitôt je m'étonnais qu'une personne aussi courte qu'un nain puisse bâtir un édifice aussi haut. Et dès les premiers instants, ce tas de turnes empalissadées me faisait la meilleure des impressions. Tous les traine-savates des quatre coins de la région s'étaient regroupés sur la place centrale et envahissaient la vie des humbles du coin. L'avantage c'est que les fauchés, c'est toujours solidaires, du coup, la ribaude du coin nous offrit le couvert.

Les glaiseux du coin devisaient tellement fort que j'étais bien incapable de réfléchir à un seul vers, il faut dire que la serveuse n'était pas si vilaine mais elle semblait déjà avoir le béguin pour l'un de mes compagnons d'infortune qu'elle appelait "petit asticot". Il y avait tout un tas de drôles qui faisait office de pontes dans ce coin en dehors du sang-bleu local, en tout cas le Bourgmestre ne devait pas se moucher du coude avec les taxes. Non seulement il avait du parquet au sol au lieu d'avoir de la terre battue mais en plus celui-ci était tellement ciré que l'on pouvait se voir dedans.

On s'installa dans la forge de Morkai, un nain aussi court que fier dont je fis la connaissance sur la route, j'étais alors avide de fausser compagnie à une carriole pleine de fourrage qui m'avait accueillie jusqu'alors. Histoire de passer la nuit gratis nous tirâmes la couverture chez lui, le demi-elfe du nom d'Isildûr me tarabiscota jusque tard à me poser des questions louches sur le "monde de la ville", Port Libre et ses égouts. Comme si venir d'un endroit signifiait que vous en aviez visité les culs de basse-fosses.

De la première nuit dans ce patelin je me souviendrais de rien si un vieux braillard n'avait pas hurlé que des gobelins lui avait abricoté son moutard. Forcément avec des gens aussi bien disposés que mes camarades inutile de préciser que crapahuter dans les bois s'annonçait.

Modifié en dernier par Orobath le sam. 24 oct. 2015 00:02, modifié 1 fois.
« Tolkien est le kyste sur le cul de la littérature fantasy. Son œuvre est massive et contagieuse : vous ne pouvez l’ignorer, n'essayez donc même pas. Le mieux que vous puissiez faire, c'est d'essayer de crever l'abcès. Car il y a beaucoup à exécrer [...]»

China Miéville

Avatar du membre
Orobath
Satyre
Messages : 239
Enregistré le : ven. 24 juil. 2015 00:34
Date de naissance : 01 janv. 1915

Re: Hautes Chroniques de l'an de grâce 314.

Message par Orobath » lun. 10 août 2015 21:43

Quand on se balade dans les bois, surtout la nuit, il faut dresser l'oreille. On oscille entre piquer du nez ou entendre des bruits qui vous dresse les cheveux sur la tête. Entre le vent dans les branches, les ronces et des frôlements pas clairs venant d'on ne sait où, il y avait de quoi se compisser les chausses. On s'use les lanternes à suivre une piste qu'on ne voit pas.

J'ergoterai pas sur les détails. Une nuit blanche dans les bois sous la pluie à se tordre les pattes dans des racines avant de parvenir à une espèce de grotte qui puaient de tous les diables. Inutile de dire que l'ami Kashchey quand le relent a refoulé vers lui, il nous a tiré une vilaine trombine.

Nous avons aussitôt allumé nos torches avant d'entrer la dedans, on se serait cru en pleine sorgue. Personne mouftait et ça pétochait pas mal. Jusqu'au moment où Isildur aperçut un gobelin à travers une faille dans la roche. Il prit aussitôt un carreau dans le gras.

Nous bondîmes en avant, dans le plus grand désordre jusqu'au moment où, de l'obscurité de la grotte sortit un loup comme je n'en avais jamais vu. Un molosse presque aussi haut qu'un homme, c'est là que l'ensorceleur Kashchey me fit poltronner. Un rachitique en robe qui vous effraye pareil cabot, c'est tout sauf naturel. Ni une, ni deux ce fut le plus court sur pattes qui allait après lui alors que des verdâtres m'arrosaient copieusement de leurs dondaines.

Alors que votre humble serviteur ferraillait sévère pour défendre sa peau, j'entendis des cris d'Isildur incitant à la couardise. Et je compris alors en substance pourquoi, certaines peuples nouent étroitement à propos des elfes lorsqu'ils veulent les invectiver, les pratiques sodomites et la lâcheté. J'occis l'épinard sur pattes avant de faire demi-tour dans un boyaux où le dément cabot luttait contre Morkai. Ce dernier ne cédait aucun pouce de terrain, face à pareil monstre alors que deux engeances vertes l'asticotaient aussi. Derrière la courte personne, Kashchey à terre, semblait plus marmoréen que d'habitude, et par ce mot entendez non pas d'une rigidité à toute épreuve mais bel et bien une couleur d'endive.

La corniaud lupin avait été déjà assez vermoulue par le plus touffu du groupe, aussi un coup de rapière chanceux de ma part lui traversa la coquetière. Malgré ce geste, je laissais plus tard la peau de l'énorme bête à l'ami Morkai. Le trophée était certes des plus héroïques mais cette vieille peau mitée puait la charogne, cette cape me donnait l'impression que notre court camarade se baladait en permanence tirant une tente avec son front.

On agonissait sévère Morkai et moi, évoquant pour ma part maintes et maintes fois la virilité pantagruelesque de nombreux dieux. C'est dans un fracas métallique et une charge féroce que nous vînmes à bout des derniers guerriers gobelins. Je me serai écouté dès le début, nous aurions mieux fait de foutre le feu à ce taudis troglodyte.

Finalement nous obtînmes des rares survivants quelques informations sur le damné gamin. Isildur sauva Kashchey d'une funeste destin à l'aide d'une potion d'après ces dires, en tout cas, le drôle me surprit quelques heures plus tard. En sortant du flanc de la falaise je m'aperçus que cela boucanait tellement là-dedans que j'en avais perdu l'odorat, celui-ci ne revient qu'au bout d'une quinzaine de jours.

Lorsque nous parvînmes de retour à Clairval, nous fûmes importunés par une mégère en roulotte sur la place de la bourgade. Le genre de tire-laine à coup de cartes ou de boules de cristal qui vous endort la vigilance en soufflant son haleine éventée de vieille soulographe aux narines et qui pour mieux compléter l'assommoir vous étourdit par des paroles sans queue ni tête. Elle jeta son dévolu sur le plus louche d'entre nous : Kashchey.

Elle voulut lui faire son affaire, il lui fit la sienne à sa manière. Une fois dans la roulotte de celle-ci, le drôle d'oiseau fut sans doute assez marmoréen et par ce mot entendez non pas d'une couleur d'endive mais bel et bien d'une rigidité à toute épreuve. Alors que nous attendions dehors durant la séance de voyance, un hurlement à vous refiler la dysenterie nous glaça d'effroi. Une minute plus tard, ils sortirent de là, la vieille semblait en état de choc. Soi-disant une histoire d'avenir trouble et l'autre qui nous faisait le maudit tourmenté. Je ne pipais mot mais n'en pensait pas moins, le puceau forcené avait du se faire tâter les navets l'air benêt. La vieille chouette avait pousser un cri d'orfraie en se rendant compte qu'il devait être bâti comme un mulet. Il faut dire que se faire tirer les cartes pour une pièce de cuivre, on aurait pu directement écrire chtouille sur sa roulotte.

Ce qui me surpris le plus, c'est que les gens du cru ne firent pas de sales bobines en passant à côté de nous. Pourtant nous devions puer en sortant de ce grotteux cloaque, j'en déduis alors que je devais puer autant qu'eux. Autant dire qu'un citadin de Port-Libre serait passé de par ici, nous lui aurions assaisonné le nez. Néanmoins Clairval est un lieu accueillant en dehors de ces quelques nuisances intrinsèques et dans les chambres de son auberge sans nom, la paillasse est faite de foin frais après chaque semaine passée. Cela ne m'empêcha pas d'insulter le coq lorsque celui-ci creva le tympans des âmes du coin.

Le sang-bleu du coin, le Baron Rodrigue fit son apparition dans la journée, un vieux qui devait s'acagnarder dans son châtelet toute la journée, une noble seigneurie très préoccupée par la situation des gens du commun. Lui en revanche nous renifla à deux fois et cacha son dégoût sous une expression noble, celle de celui qui sait ô combien la plèbe schlingue mais qu'elle a bon fond. De son discours je ne retins pas grand chose, j'étais trop occupé à flâner du regard sur la petite aubergiste. Elle devait tâter régulièrement de l'étamine.

Finalement on secoua quelques mioches de Clairval avant d'apprendre que le gosse disparu était copain avec un gobelin. M'est d'avis que cet enfant était fort troublé et devait composer avec un père bas du front qui levait plus souvent le verre pour se rincer la glotte qu'un joueur de clairon pour pousser sa note. Son gosse était planqué dans la carrière de Karoom le bâtisseur de temple, avec son "ami" gobelin et on les sortit tous les deux de là.

Le gobelin nous faussa rapidement compagnie pour retrouver sa chiennerie d'engeance à flanc de falaise où nous avions épargné les femmes et les enfants sur les demandes insistantes d'Isildur. J'étais persuadé qu'on aurait mieux fait d'y foutre le feu.
« Tolkien est le kyste sur le cul de la littérature fantasy. Son œuvre est massive et contagieuse : vous ne pouvez l’ignorer, n'essayez donc même pas. Le mieux que vous puissiez faire, c'est d'essayer de crever l'abcès. Car il y a beaucoup à exécrer [...]»

China Miéville

Avatar du membre
Orobath
Satyre
Messages : 239
Enregistré le : ven. 24 juil. 2015 00:34
Date de naissance : 01 janv. 1915

Re: Hautes Chroniques de l'an de grâce 314.

Message par Orobath » lun. 17 août 2015 00:43

Bien que les routes furent de moins en moins praticables, un matamore fit son apparition. L'habit aussi bien taillé que son bouc blond, il fut aussitôt accueilli par les gardes du baron qui l'accompagnèrent jusqu'au Châtelet avec son chariot. Ses deux gardes passaient tout leur temps dans la chambre et malgré mes nombreux passages devant leur porte, l'oreille tendue et le pied aussi silencieux que possible, je ne percevais que des ronflements de soulards qui dépassaient aisément ceux de Morkai et du soufflet de sa forge.

Cela faisait à présent une semaine que tout le monde attendait le retour du prêtre nain Karoom pour sacraliser son temple mais celui-ci ne revenait pas. La pluie n'avait pas cessé de tomber en grosses trombes ou en fines bruines sur Clairval et la semaine suivante s'annonçait du même tonneau. L'humidité s'infiltrait partout aussi bien dans les chaumières que dans les cœurs des habitants qui réchauffaient les premières à grand renfort de bois et les seconds à grand renfort d'alcool.

Heureusement il y avait d'autres moyens de s'occuper dans cette mangrove. Je tapais le carton avec les gens du commun tout en leur racontant des histoires pour mieux empocher leurs mises. Malheureusement je finis par croire que la flotte qui tombait du ciel assoiffaient ces gêneurs, je peinais comme un beau diable à coincer Katlyn, la petite aubergiste rousse aperçut dès ma première entrée et encore cette fois là durant le discours. Je nourrissais à son attention, des plus bas instincts, de nobles intentions, je lui contais passablement fleurette et lui délivrait l'attention que Kashchey avait toujours dénié lui fournir. Il faut dire qu'avec sa robe, son cheveux gras et son air de poète tourmenté par une enfance difficile, je me demandais ce qu'elle lui trouvait. Aussi la petite délurée n'allait pas tarder à tomber dans mon escarcelle si je continuais à lui servir du compliment à l'oreille ou mille et une âneries sur la vie à Port-Libre.

J'ai bien conscience que votre humble serviteur, vous dresse un bien triste tableau des gens de cet humble tas de chaumières. Détrompez-vous et détrompez-moi surtout. Ils avaient ici une éducation basée à coup de petits proverbes le plus souvent pour justifier leur irresponsabilité face à leur triste destin. L'une des plus communes était que la guigne venait toujours avec ses sœurs toquer à votre porte. Je puis vous assurer qu'après une semaine de déluge, après un temple que l'on ne sacre pas à cause de la disparition du prêtre, une comète qui déchire le ciel au dessus de pareil patelin ce n'est pas pour rassurer les bas du front.

Celle-ci s'écrasa non loin d'une tour en ruines au Sud-Est de Clairval à environ trois ou quatre heures de marche. C'est Isildur qui vint alors me chercher pour nous assurer qu'il n'y avait rien de grave. Kashchey était aussi de la partie, il ne se doutait toujours pas que je travaillais sa pouliche à la moindre occasion pour la convaincre de réchauffer mon lit à l'auberge, aussi me fit-il bon accueil. Morkai était en revanche trop occupé à la forge.

Ce que j'ignorais c'était que la tour était réputée hantée. Il faut dire que tout était un peu hanté pour les gens de l'endroit. Néanmoins nous trouvâmes non loin, après plusieurs heures de marche près de la comète écrasée, deux corps desséchés dont l'un était un trappeur de Clairval. Nous revînmes avec et leur donnâmes une tombe décente. Le mystère resta néanmoins entier. Cela ne fit que rajouter à la légende noire de la tour, je ne me privais nullement de grossir le trait surtout auprès des marmots.
« Tolkien est le kyste sur le cul de la littérature fantasy. Son œuvre est massive et contagieuse : vous ne pouvez l’ignorer, n'essayez donc même pas. Le mieux que vous puissiez faire, c'est d'essayer de crever l'abcès. Car il y a beaucoup à exécrer [...]»

China Miéville

Avatar du membre
Orobath
Satyre
Messages : 239
Enregistré le : ven. 24 juil. 2015 00:34
Date de naissance : 01 janv. 1915

Re: Hautes Chroniques de l'an de grâce 314.

Message par Orobath » sam. 5 sept. 2015 14:52

La noblesse c'est un peu comme un saule pleureur, on grandit dans son ombre bien abrité du soleil mais au moindre coup de vent les branches ne se privent pas de vous fouetter jusqu'au sang. Moi, j'aurais bien émondé quelques branches avec une serpette mais ça je l'ignorais encore.

Je commençais à tourner en rond dans ce tas de bouges dénommé Clairval. D'ailleurs il ne me semblait pas si clair que ça qu'il s'agisse de ses histoires lugubres ou de sa météo. Finalement nous rencontrâmes à l'auberge le gnome et les deux gardoches qui étaient apparu avec noble et charrette. Le gnome se dénommait Firmin et les deux soldats avaient perdu leurs noms dans le fond d'un cruchon. L'un d'eux avait le tarin si rouge qu'il aurait pu le faire passer pour un grenat chez un joaillier du coin, il tossait plus consciencieusement la bouteille qu'un gosse suce son pouce.
Le convoi et Ser Julius Mortemire qui n'était autre que le petit blanc bec de nobliau, devaient se rendre à Fort Boueux plus au nord à la lisière du bois de Myrviel et du Marais de Bourbe-Vieux. Étrangement le lendemain matin, je me retrouvais dans la calèche avec le sang bleu en question et en direction du dit Marais. Le Bourgmestre nous avait carillonné sévère aux oreilles pour qu'on trimballe tout ce fatras moi et mes compagnons d'infortune.

J'avais enfin retrouvé l'odorat après une bonne quinzaine de jours et croyez-moi que ce plan là, avec ce drôle là dans cette charrette là, ça empestait le vieux bouc. Et quiconque fréquente les bergers sait que... Il y a une drôle odeur dans l'vent et que c'est pas lui, si vous voyez ce que je veux dire. J'invite d'ailleurs toute jeune fille fraîche comme la rose à prendre garde à l'égard des bergers, ces derniers passent six mois au pied de la montagne et les six autres à son sommet par conséquent ils ont la fâcheuse manie de prendre une épouse dans chaque endroit.

Nous avons donc pris la route en direction de Fort-Boueux où Andra Mortemire, prêtresse et commandant du fort attendait son frère. Ce dernier avait pochtronné sévèrement chez le Baron, c'est d'un pas aussi sûr que celui qui monte sur l'échafaud qu'il rejoignit la charrette et monta à son bord parmi le matériel pour y piquer une sieste sans un bonjour. Ca devait être le genre de moutard qui manquait de coups de bâtons sur la plante des pieds étant gamin, le genre qu'on exile dans un fortin alors qu'il mériterait d'être au fond d'une mine de sel. Au moins n'avait-il pas la préciosité et les manières qu'ont certains nobles dotés du "petit défaut".

Après plusieurs heures de route nous arrivâmes à un endroit où la mangrove faisant office de sentier avait un fort dénivelé. Isildur avait guidé les bœufs sans peine jusque là et si parfois mes lignes à son propos sont un peu rude, je tiens à saluer ici son talent pour tirer des bœufs. Et tirer d'affaire ses camarades à l'occasion. J'épargnerais à mon lecteur assidu, l'art de tirer le bœuf, partant du fait qu'un lettré ne s'intéresse guère à cet art pratique mais Ô combien disons... campagnarde. Isildur m'indiqua donc de réveiller tous les feignants qui ronflaient comme des castors sous le drap humide de la carriole. Kashchey ne dormait pas. En revanche Morkai... Je m'approchais de lui, sortis une flûte et commença à jouer de fausses notes à ses oreilles. Les nains ont certes une faible allonge quand il s'agit de frapper mais ils sont d'une célérité rare, aussi je n'esquivais que de justesse une gifle avec un gant en maille. Remerciant les dieux de m'avoir doté de bons réflexes ou du moins de réflexes suffisants pour sauver mes dents, je réveillais le court comparse en lui faisant sentir un peu de bière.

En revanche Ser Julius s'avéra plus obstiné que quiconque peut l'être dans l'art de la non solidarité. Impossible de le sortir de là pour alléger la charrette et la manier plus facilement dans la pente. Kashchey perdit patience, remonta dans la charrette et du lui jouer l'un de ses tours qui file les j'tons aux gens. Sauf que l'autre petit merdeux au lieu de s'enfuir en courant resta recroquevillé au fond de la calèche. Le genre de choses qui fait vous interroger sur les talents d'un rachitique comme Kashchey capable de faire chialer comme un gosse un grand dadet de vingt printemps. N'obtenant pas l'effet escompté, l'ensorceleur laissa place aux professionnels, moi et Morkai. Manu militari on saisit chacun le drôle soit par les pieds soit par les pattes et nous le balançâmes dans la gadoue. Du beau travail.

Chasser les gens comme des bossus, à grand renfort de boue, moi ça m'plaisait bien.

Plus utile sera sans doute pour les générations futures de connaître la description du Bois de Myrviel en l'an de grâce 314 PM. Il s'agissait d'un bois épais et fort verdoyant qu'une abondance de pluies abondantes achevait de transformer en debout de bayou sempiternel sempervirent. L'eau y était trouble souvent teintée de vert et de boue et forte d'un goût saumâtre. Chênes et bouleaux se décomposaient presque sur place en raison d'une humidité que l'on ne pouvait chasser ses derniers mois. La canopée abritait le sol composé d'humus et de flotte, si bien que l'on ne pouvait pas faire un pas sans voir de champignons gros comme des chats. Les moustiques ne tarderaient pas à s'épanouir dans le bois de Myrviel dès que les premières chaleurs frapperaient, faisant courir le risque aux populations locales d'une épidémie de dengue ou de fièvre-feu.

Finalement nous aperçûmes au loin un hameau qui ne doit toujours pas figurer sur les cartes actuelles, dénommé Vireux. Celui-ci s'avère perché sur une colline dominant les alentours et l'activité principale des humbles du coin est la coupe du bois. Là encore la calèche causa bien du tracas jusqu'à ce que Morkai tire les bœufs avec vigueur en direction du village. Mais alors que ceux-ci faiblissaient Kashchey, je ne sais pas quel obscur tour, parvint à les faire galoper jusqu'à l'entrée ! C'était la première et unique fois de ma vie où je vis des bovins sprinter de la sorte et manifestement les glaiseux du coin aussi.

Nous étions donc moi, Isildur, Kashchey, Morkai et notre invité de circonstance Ser Julius Mortemire conviés d'emblée au repas dans la hutte commune de Vireux. Je tiens à préciser pour mes urbains lecteurs que dans les hameaux, la coutume de la hutte commune ou grande hutte est chose courante, c'est l'endroit des décisions et de la convivialité. Nous nous retrouvâmes tous ensemble là dedans où il ne faisait pas très clair, tous chaudement réunit autour d'un plat des plus courants dans ces contrées, le brouet. Une espèce de tambouille avec des morceaux inidentifiables qu'on m'affirma être de la pomme de terre mais qui aurait très bien pu être un morceau d'éponge. De l'écuelle au brouet tout était brun là-dedans, bien difficile donc d'y décerner quoi que ce soit.

C'est à ce moment là que le crotteux nobliau commença à sévèrement asticoter nos hôtes, refusant son brouet. Or chez les gens de rien, refuser ce qu'il partage n'est jamais bien perçu. S'il refusait de dîner Mortemire semblait bien mal nommé en revanche, car il avait dans sa mire une fille de bûcheron local et ne comptait pas l'anoblir avec une partie morte de son anatomie. Il faut dire à ce propos que je ne puis lui en vouloir, les filles du coin tenaient davantage de la nymphe aux courbes prometteuses que des trapus édentés. Je m'enquérissais moi-même d'une belle petite pomme locale dénommée Licia. Il s'agissait d'engourdir la demoiselle afin de faire assez rougir la braise pour allumer le feu sur le chemin du retour. Car en assaillant la belle trop tôt, je risquais sur le chemin d'un retour de croiser un père furieux habitué à manier la hache.

Nous fûmes au matin réveillés par les plaisants premiers rayons de soleil depuis des mois et les aboiements d'un rustre du coin dont la fille avait été séduite par Mortemire. Le petit merdeux avait monté sa cunégonde au beau milieu de l'étable comme on monte une mule. Scandale chez les cul-terreux. Le sang-bleu fut secoué comme un prunier. Mais ce petit merdeux m'avait coupé l'herbe sous le pied ! Je pensais que ça compliquait les choses pour le retour mais au final la petite Licia vient me dire au revoir, j'avais donc toute mes chances. Non seulement d'avoir une nuit plus agréable mais aussi d'avoir une plainte d'un magistrat local, aucun des deux n'étaient pour me déplaire.

Nous quittâmes donc Vireux dans un climat légèrement tendu. Il se tendit davantage encore lorsque à une demi journée de marche nous tombâmes sur le cadavre d'un orc. Il me fallu plusieurs minutes sous les plaintes agacées de mes compagnons pour arracher ses crocs. Ces drôles ne connaissaient rien à l'art de l'amour, aussi m'étais-je dit qu'avec ce genre de trophée en guise de collier je pourrais aisément bluffer la petite Licia à mon retour. Avec la bonne phrase, il n'y aurait même pas besoin de lui mentir un "Nous avons croisé un orc sur la route, tiens voilà un collier de ses dents." serait bien suffisant.

Cela aurait été cocasse, si trois heures plus tard nous n'avions pas effectivement croisé des peaux-vertes.

« Tolkien est le kyste sur le cul de la littérature fantasy. Son œuvre est massive et contagieuse : vous ne pouvez l’ignorer, n'essayez donc même pas. Le mieux que vous puissiez faire, c'est d'essayer de crever l'abcès. Car il y a beaucoup à exécrer [...]»

China Miéville

Avatar du membre
Orobath
Satyre
Messages : 239
Enregistré le : ven. 24 juil. 2015 00:34
Date de naissance : 01 janv. 1915

Re: Hautes Chroniques de l'an de grâce 314.

Message par Orobath » ven. 23 oct. 2015 23:06

Nous fîmes mordre la poussière à ces suppôts en maraude avant de continuer notre long périple vers le nord. Plus nous avancions et plus le bois de Myrviel se mouvait en un marécage lugubre où nous sentions presque en perdition.

Nous assassinâmes deux sentinelles orcs vêtues d'armes et d'armures humaines de bonne facture le lendemain. Fort-Boueux était alors en vu et gardé par un faible groupe de ces engeances vertes. S'il est vrai que l'orc a le bras dur il est d'autant plus vrai qu'il a le crâne creux, aussi nous parvînmes à tromper leur vigilance.

Il faut dire qu'un homme tel que moi aimant trop les femmes pour n'en aimer qu'une, l'art de la supercherie est une nécessité car tôt ou tard, un ami faisant le matamore d'une belle séduite, un amant enragé, un père ou un mari parlant de sombres histoires d'honneur, ces gens-là vous cherchent. Ou plutôt même vous chassent. Aussi le bon chapeau, un manteau un peu large ou une robe de bure d'un quelconque moine peut vous éviter bien des bleus.

Aussi j'invite mon bienveillant lecteur à glisser des haricots entre ses dents et ses lèvres pour sembler bien moins séducteur, du foin sous la chemise pour paraître plus ventripotent que viril et enfin adopté une allure bossue tout en traînant la patte afin d'être moins prestigieux. Dans pareil accoutrement il découvrira la joie secrète d'échapper à la bastonnade qu'on lui tend.
Nous pénétrâmes donc dans le fortin, moi et Isildur déguisés tandis que Morkai, Julius Mortemire et l'Asticot faisaient les prisonniers. Quelques baragouinages et borborygmes orcs de ma part et nous voici à l'intérieur.

La garde des peaux-vertes était des plus relâchées, la victoire sur le fortin les rendait confiantes et il n'en restait qu'un petit nombre. Le Fort avait été transformé en prison. J'eu alors le plaisir de rencontrer Andra Mortemire au détour d'une cellule, tout l'opposé de son frère. Une femme charmante, aux boucles blondes et aux traits fiers même dans un cachot putride avec des blessés et des mourants. Ca refoulait sec la dedans.

Comment le fort fut repris ? Je ne peux point le révéler. En revanche j'invite à la plus grande prudence ceux pensant qu'un nain ne peut être silencieux. J'en vis un, égorger six orcs à la hache dans le silence le plus total.

La date indiquée par mes notes d'alors est floue mais au confluant du mois de mars et d'avril nous dûmes fuir le fort. Une cohorte de deux cents de ces sauvages s'approchaient sur le marais transformé en lac par les pluies. Et là où ils auraient dû s'embourber dans un limon aussi acide qu'infertile, ils traversèrent sur de larges radeaux tout en s'aidant de perches pour naviguer.
Nous atteignîmes Vireux le 4 avril de l'an 314 Post-Monastir, le 5 nous repoussâmes un premier assaut. Barricadés à l'intérieur, nous étions tous les uns sur les autres, le cafard dans le coeur. Et si nous n'étions plus très arrogants face à un destin funeste qui nous ouvrait les bras, nous avions fait le choix résolu de ne rien lui concéder. D'être des coeurs héroïques face à un péril sombre.

Nous avions armé la populace de ses plus belles armes : la fourche et la torche. Andra Mortemire nous offrit la bénédiction de son dieu à chacun. Mais d'aucun se faisait d'illusion, la fin était proche et si le pouvoir des prières est sans fin, nous n'en distinguions pas les bienfaits.

Naturellement votre humble servant avait retrouvé la petite Licia, c'est ce qu'on appelle la joie dans le malheur. Elle fut aussi ointe que les autres si ce n'est plus, votre humble serviteur s'en assura.
« Tolkien est le kyste sur le cul de la littérature fantasy. Son œuvre est massive et contagieuse : vous ne pouvez l’ignorer, n'essayez donc même pas. Le mieux que vous puissiez faire, c'est d'essayer de crever l'abcès. Car il y a beaucoup à exécrer [...]»

China Miéville

Avatar du membre
Orobath
Satyre
Messages : 239
Enregistré le : ven. 24 juil. 2015 00:34
Date de naissance : 01 janv. 1915

Re: Hautes Chroniques de l'an de grâce 314.

Message par Orobath » sam. 24 oct. 2015 00:01

Chapitre Premier - Début de la Guerre du Crâne blanc


Avril An de grâce 314 PM, Vireux


Dans l'histoire de la principauté d'Arly, la date du VI Avril de l'an de grâce 314 est retenue comme la première bataille de la Guerre du Crâne Blanc, je ne lutterai pas contre les plumitifs ayant arrêter cette date fausse recopiés par moult académiciens de tous âges dans des grimoires orpaillés pour une noble jeunesse endimanchée. La logique voudrait néanmoins que la date inconnue de la chute de Fort Boueux soit choisie. Aussi je compte sur mon bienveillant lecteur et sa fine sagacité pour enquiquiner ces encreurs de mauvaise augure à l'esprit plus taché que les doigts.

Nous formions donc derrière les palissades de Vireux, un entregent de parfait glaiseux déterminés. La dernière messe d'Andra nous avait mis du coeur au ventre et comme disaient les gens du cru, ils avaient les "poivrons". Cette sordide formule m'échappe toujours mais toujours est-il que les "poivrons" en question furent rincés à l'eau glacée en entendant les ululements impies de quelques chamans orcs. Des sonorités gutturales et aussi joyeuses qu'une veuve pleureuse à un baptême.

Non loin, des bannières de tissu déchiré portait l'emblème alors inconnu du crâne blanc et l'assaut fut donné. Nous repoussâmes une première vague mais la porte céda. Moi et Morkai nous jetâmes en sa direction, alors que les verts babouins s'infiltraient déjà.

Quiconque a déjà vécu une bataille sait au combien le chaos dont il s'agit. Vous êtes assourdi par les cris, le fracas et le martèlement des armes, le bruit et la fureur. Pour peu qu'un de ses maudits lanceurs de sorts soient dans les parages, des éclairs verts fusent comme ce jour-là et vous voici éberlué des lanternes durant quelques secondes. Le cœur bat tambour, les poumons vous brûle et tous vos sens vous trahissent. Notamment celui de l'orientation, vous tapez tellement à qui mieux-mieux sur la première trombine verte qui passe - mais aussi sur la seconde, dans ces cas là vous êtes pas pingre - que vous ne savez plus où vous êtes.

Je crois surtout me souvenir de la chute d'Andra Mortemire, qui en ce jour, fit preuve d'un courage plus héroïque qu'aucun des survivants. Alors que j'étais aux prises avec ces barbares, on me bouscula dans le dos au point que je chus d'une manière des plus désagréables dans un sol boueux. Je me retournais alors, tournant sur le dos.

Face à moi rayonnait Andra Mortemire, hurlant l'arme à la main et tenant tête à trois ennemis nous encerclant. Une lance brisée entre l'épaule et le coup, elle m'empoigna par le col pour me relever puis après quelques passes d'armes me hurla de contenir le péril qui s'engouffrait par la porte. Elle occis alors un ennemi pour briser l'encerclement puis me chassa. Tournant alors la tête tout en courant vers la porte, je la vis finalement succomber sous les coups de ses adversaires.

En arrivant à la porte, flanqué du bon Morkai, nous pensions tout deux épouser la veuve dans l'heure.

Soudainement, l'inexplicable se produisit, un hurlement des plus barbares se fit attendre. En un instant il fut sur eux. Krush héros de Clairval se tenait dans la mêlée, le coeur pur, le bras puissant et dans les airs des cors nains résonnèrent longuement. Morkai reconnu alors Karoom, prêtre nain de Clairval que nous cherchions depuis des mois pour l'inauguration du temple. À ce moment, la bataille bascula.

Le Prince Tomar d'Arly, loué soit-il dans sa clairvoyance avait été averti par ses éclaireurs des mouvements orcs au nord et avait prévenu Fort Colline, une garnison naine proche. Aussi celle-ci c'était mise en marche avec Karoom, ce dernier avait été retardé là-bas dans sa quête pour trouver une flamme de feu éternel pour le temple.

L'après-midi même, nous embrassions la victoire. Nous étions physiquement, moralement brisé. Certains tombèrent à genoux, pleurant ceux qui d'entre nous étaient tombés.
Dans les jours qui suivirent, Andra Mortemire fut enterrée sous de grands génévriers au feuillage vert de gris. Sa tombe est une immense pierre plate tirée de la rivière proche dont l'eau a poli la surface au fil des siècles. En moins d'un mois des crocus blancs magnifiques virent orner les flancs de sa tombe. Elle est encore à ce jour, l'incarnation du martyr et beaucoup de Virois lui témoignent un respect profond.

J'ai tâché, à ma manière, de lui rendre hommage en composant une élégie à la demande de Morkai, élégie connue de tous les bons bardes et poètes des Terres d'Osgild. Je louais également les dieux de la chance pour avoir sauver chacun de mes compagnons : Morkai le nain, Isildur le malin et Kaschey le vilain.
[/i]
« Tolkien est le kyste sur le cul de la littérature fantasy. Son œuvre est massive et contagieuse : vous ne pouvez l’ignorer, n'essayez donc même pas. Le mieux que vous puissiez faire, c'est d'essayer de crever l'abcès. Car il y a beaucoup à exécrer [...]»

China Miéville

Avatar du membre
Orobath
Satyre
Messages : 239
Enregistré le : ven. 24 juil. 2015 00:34
Date de naissance : 01 janv. 1915

Re: Hautes Chroniques de l'an de grâce 314.

Message par Orobath » jeu. 17 déc. 2015 23:27

Chapitre second - La Prophétie des Monts griseux
Mai An de grâce 314 PM, Monts griseux.

Alors que la Guerre du Crâne Blanc débutait, nous fûmes envoyés en mission dans les Monts griseux. Si mon serment envers Arly m'en fait taire la nature même après autant de temps, il n'empêche pas certaines confessions. C'est à cette occasion que nous rencontrâmes les elfes Aram et Tinsirith et c'est dans un ancien temple dédié à Terèm que nous fut révélé la prophétie d'Anathazerïn. Aujourd'hui encore nous sommes peu à la connaître, j'espère néanmoins que le présent ouvrage échappera aux flammes et que celle-ci vous parviendra.

C'est dans des lieux où la nef était couverte de la lueur des étoiles, le sol couvert d'une poussière séculaire. Au centre de la pièce, une stèle noire de quatre mètres, une immense sphère de cristal dans laquelle se tenait le plaisant mirage aux contours brumeux. En son centre une montagne sans nulle autre pareille, une neige aussi pure que blanche Morkai crut y reconnaître les Serres du Monde.

Nous passâmes là la nuit et je m'usais les lanternes à déchiffrer des runes d'anciens elfiques à la lueur de mon disque en métal magique avec l'aide d'Ardam et de Tinsirith. Finalement la prophétie se révéla à nous.
Quand viendra le temps des pleurs
Et des langues coupées
Pour défendre leurs terres
En de biens sombres heures
Des héros devront retrouver
Le gant d'acier et de Lumière.
Dans les monts des Brumes du Nord
Dans sa gangue de ténèbres.
Le front brûlant de fièvre
Gît la puissance de Lunédor
Enfermé dans les ruines
de la fière Anathazerïn
Perdu dans les arbres maudits
L'elfe d'Airain accompagne
Le Gardien dans le jardin flétri
De sa haine et de sa hargne.
Cherche les Indécis
Cherche les bois
Passe l'Arche de Brume
Et entre le coeur plein d'émoi
Dans la verdure Chlorée
Des jardins de l'amertume
Où dort le gardien
Nacrée.
Avant d'être porté au loin
Aux Portes de sa Cité
d'Airain
Alors les antiques splendeurs
Seront révélés aux héros
Pour restaurer la grandeur
Et les atours royaux.
Les jours qui suivirent furent des jours de troubles, de questionnement et d'interrogations. Et alors que la guerre grondait plus que jamais il nous fallu répondre à l'Appel d'Anathazerïn. Nous nous rendîmes à Monastir le mois suivant avec le secret espoir d'en apprendre plus dans sa grande bibliothèque.

Monastir est l'une des villes les plus agréables qui soient et ses courtisanes des plus douces. C'est cependant le clafoutis qui mérite un éloge durant des jours et des nuits. C'est tout un art que l'un des maîtres pâtissiers de cette fière cité à développer. C'est d'abord une légère croûte qui résiste au tranchant de vôtre cuillère dans l'unique but d'aiguiser vos appétits. Celle-ci percée c'est une douce vapeur parfumée qui vient embuer votre instrument avant qu'il ne découpe le divin met. À vos yeux se dévoile alors une teinte pastelle, entre le jaune léger et le beige. C'est tout une alchimie, presque un sortilège, vous vous sentez saliver. La main presque tremblante vous en écartez une bouchée et vous contemplez les marbrures provoquées par le jus de framboises au travers de la pâte. Je n'en décrirais pas plus mais sachez que cette haute apologie n'est rien comparé au divin dessert, qui soit dit en passant se vend à prix d'or à Monastir. Il s'agit sans doute de l'unique ville où l'on cherche davantage l'amitié des pâtissiers que l'amitié des princes.

Alors que mes compagnons d'infortune passaient tout leur temps à la bibliothèque, je me chargeais d'augmenter le nombre de feuilles de mon arbre généalogique durant toute une semaine. Il faut dire que votre serviteur avait fort besoin de repos et le velours des draps lui était d'un grand secours. Les draps, le clafoutis, le vin et les catins surent apaiser les maux de mon corps et de mon esprit. Et ce bien mieux que les palabres d'un quelconque druide qui vous déverse ses vertes salamalecs aux oreilles, que le fracas d'un marteau sur une enclume ou qu'une formule braillée à vos oreilles.

Il fallut que je m'y rendre finalement que nous trouvions des réponses. Enfin je n'y fus pas pour grand chose, c'est Kashchey qui les trouva alors que je m'étais égarer dans un livre des plus surprenants dans une bibliothèque monacale. Plus surprenant encore j'y trouvais une recette, que je ne dévoilerais pas ici qui me permis d'apprendre à fabriquer du feu grégeois... Chose des plus utiles et surprenantes dans un livre sur les massages de Xelys. N'essayez pas de l'emprunter, il n'a pas été rendu.

La piste de Kashchey nous mena à un sage de Monastir or celui-ci s'avéra kidnappé par une bande de faux monnayeurs locaux qui sévissaient. Parmi eux se trouvait également Julius Mortemire, le frère d'Andrea. Nous l’arrêtâmes puis reprîmes la route en direction du Pic d'Andalf où était détenu le sage qui nous en apprendra davantage : Émarin Grisant.
« Tolkien est le kyste sur le cul de la littérature fantasy. Son œuvre est massive et contagieuse : vous ne pouvez l’ignorer, n'essayez donc même pas. Le mieux que vous puissiez faire, c'est d'essayer de crever l'abcès. Car il y a beaucoup à exécrer [...]»

China Miéville

Répondre

Retourner vers « Chroniques Oubliées "Anathazerïn" par Raïzer »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 1 invité